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Assurance perte d'exploitation : calcul de la marge brute, période d'indemnisation, prix

Exemple chiffré après un incendie, choix de la période d'indemnisation, coût de la garantie et limites face au cyber et à la carence de fournisseur.

Julien Falémé·8 min de lecture

L'assurance perte d'exploitation rembourse la marge brute que votre entreprise ne dégage plus après un sinistre, plus les frais supplémentaires engagés pour continuer à travailler, pendant une période d'indemnisation fixée à la souscription, généralement de 12 à 24 mois. Son prix se compte en dixièmes de pour cent de la marge brute assurée, soit quelques milliers d'euros par an pour une PME. C'est la garantie qui répond à la vraie question posée par un incendie : comment payer salaires et loyers quand le chiffre d'affaires s'arrête net ?

Qu'est-ce que l'assurance perte d'exploitation couvre exactement ?

Un incendie détruit votre atelier. Votre multirisque paie les murs, les machines et le stock ; mais pendant la reconstruction, vos charges fixes continuent de tomber alors que les ventes ont disparu. C'est ce trou que la perte d'exploitation vient combler.

La garantie perte d'exploitation (PE) est une extension du contrat dommages aux biens qui indemnise les conséquences financières d'une interruption ou d'une réduction d'activité causée par un sinistre matériel garanti : incendie, explosion, dégât des eaux, tempête, bris de machine, catastrophe naturelle. Elle compense la perte de marge brute et les frais supplémentaires d'exploitation, sur une durée maximale convenue à l'avance.

Selon France Assureurs, les événements couverts suivent ceux du contrat dommages. Sans dommage matériel garanti, pas d'indemnité : c'est la limite principale de la PE classique.

Comment se calcule la marge brute assurée ?

La marge brute, au sens de l'assurance, n'est pas celle de votre expert-comptable. C'est la différence entre le chiffre d'affaires et les charges variables, celles qui disparaissent quand l'activité s'arrête : achats de matières et de marchandises, sous-traitance liée au volume, transport, commissions. Tout le reste (salaires, loyers, amortissements, intérêts d'emprunt) est une charge fixe, donc intégré dans la marge brute à assurer.

Prenons une PME industrielle : 4 millions d'euros de chiffre d'affaires, 2,4 millions de charges variables, soit 1,6 million de marge brute assurable (taux de 40 %). Si vous prévoyez 15 % de croissance et une période d'indemnisation de 18 mois, la marge brute à déclarer n'est plus 1,6 million mais environ 2,76 millions (1,6 × 1,15 × 1,5).

Beaucoup de contrats prévoient une clause d'ajustabilité : vous déclarez une marge prévisionnelle, l'assureur tolère un dépassement, souvent de 20 %, et régularise la prime sur la marge réelle en fin d'exercice. Sans cette clause, une sous-estimation vous expose à la règle proportionnelle de capitaux de l'article L121-5 du Code des assurances : déclarer 1,2 million pour une marge réelle de 1,6 million réduit l'indemnité de 25 %.

Exemple chiffré : que verse l'assureur après un incendie ?

Reprenons notre PME : 40 % de marge brute, période d'indemnisation de 12 mois, franchise de 3 jours ouvrés. Un incendie détruit la ligne de production en janvier. L'activité est nulle pendant trois mois, reprend à 50 % pendant trois mois grâce à une sous-traitance d'urgence, puis à 80 % sur le second semestre.

PosteCalculMontant
Perte de chiffre d'affaires sur 12 mois1 000 k€ (T1) + 500 k€ (T2) + 400 k€ (S2)1 900 000 €
Perte de marge brute1 900 000 € × 40 %760 000 €
Frais supplémentaires d'exploitationLocaux provisoires, sous-traitance, heures supplémentaires+ 120 000 €
Frais fixes épargnésÉnergie et entretien non consommés− 30 000 €
Franchise3 jours de marge brute (1,6 M€ / 250 × 3)− 19 200 €
Indemnité perte d'exploitation≈ 830 800 €

Les frais supplémentaires d'exploitation sont les dépenses engagées, en accord avec l'assureur, pour limiter la baisse d'activité : location de machines ou de locaux, sous-traitance, transferts. Ils sont remboursés parce qu'ils coûtent moins cher à l'assureur que la marge qu'ils sauvent. Sans PE, cette PME aurait dû trouver 830 000 euros de trésorerie pour tenir un an.

Une multirisque sans perte d'exploitation, c'est une assurance qui vous rend vos machines mais pas vos clients.

Quelle période d'indemnisation choisir ?

La période d'indemnisation est la durée maximale pendant laquelle l'assureur compense la baisse de marge, à compter du sinistre. Elle ne s'arrête pas à la reconstruction mais au retour à l'activité normale, dans la limite du plafond choisi. France Assureurs rappelle que le minimum est de 12 mois pour l'incendie et l'explosion ; les contrats proposent couramment 12, 18, 24 ou 36 mois.

Le bon réflexe consiste à dérouler le scénario du pire : permis de construire, reconstruction, livraison d'une machine spéciale, requalification, reconquête des clients partis chez un concurrent. Une PME à l'outil de production standard peut se contenter de 12 mois ; une entreprise dépendante d'un site unique, d'un équipement sur mesure ou d'agréments réglementaires doit viser 24 mois au minimum. Le surcoût entre 12 et 24 mois reste très inférieur au doublement de la garantie, car la probabilité d'un arrêt long est faible.

Combien coûte une assurance perte d'exploitation pour une PME ?

La prime se calcule en appliquant un taux à la marge brute assurée. Ce taux dépend du secteur, de la prévention incendie (détection, sprinklers), de la période d'indemnisation, de la franchise et de la sinistralité. Pour une PE incendie classique, il se situe le plus souvent entre 0,1 % et 0,5 % de la marge brute : notre PME à 1,6 million de marge paierait de l'ordre de 2 000 à 8 000 euros par an. La PE sans dommage, plus rare et plus exposée, se tarifie plus cher : les acteurs spécialisés évoquent 0,5 % à 2 % de la marge brute annuelle.

Deux points de vigilance. La surprime catastrophes naturelles, portée de 12 % à 20 % par arrêté publié au Journal officiel du 28 décembre 2024, s'applique depuis le 1er janvier 2025 aux garanties dommages et pertes d'exploitation des professionnels. Et la PE se déclare chaque année : une entreprise qui a doublé de taille sans mettre à jour sa marge brute est mécaniquement sous-assurée. C'est l'un des écarts que nous vérifions systématiquement dans une multirisque professionnelle, avant même de parler de prix.

La perte d'exploitation sans dommage matériel : cyber et carence de fournisseur

Voici l'angle mort. Votre ERP est chiffré par un rançongiciel, votre unique fournisseur de composants brûle, votre hébergeur tombe : l'activité s'arrête, mais aucun de vos biens n'est endommagé. La PE classique ne joue pas, puisqu'elle exige un dommage matériel garanti à vos propres biens. Le contentieux Covid tranché par la Cour de cassation le 1er décembre 2022 l'a rappelé : l'indemnisation dépend strictement de la rédaction du contrat.

Trois réponses existent. La carence de fournisseurs (ou de clients) est une extension de la PE qui indemnise votre perte de marge quand un sinistre matériel survient chez un fournisseur ou un client nommé au contrat, souvent avec un plafond exprimé en pourcentage de la marge brute. La perte d'exploitation cyber, incluse dans une assurance cyber, indemnise la marge perdue à la suite d'une attaque ou d'une panne du système d'information, avec une franchise en heures d'interruption, souvent entre 8 et 24 heures, plutôt qu'en jours. La carence de prestataire informatique (panne d'un hébergeur ou d'un SaaS critique) est une option sous-limitée de ces contrats cyber. Pour une scale-up dont l'outil de production est logiciel, c'est cette PE cyber qui protège réellement la marge (voir notre article sur la responsabilité liée aux erreurs de code).

Questions fréquentes

La perte d'exploitation est-elle incluse dans une multirisque professionnelle ?

Pas automatiquement. La multirisque couvre les dommages aux biens et la responsabilité civile ; la perte d'exploitation est une garantie optionnelle, tarifée sur la marge brute déclarée. Beaucoup de PME croient être couvertes alors qu'elles n'ont souscrit que les dommages directs.

Quelle différence entre marge brute comptable et marge brute d'assurance ?

La marge brute comptable retranche le coût d'achat des marchandises vendues. La marge brute d'assurance retranche toutes les charges variables et conserve les charges fixes, dont les salaires. Elle est donc généralement plus élevée et doit être calculée avec votre expert-comptable.

Peut-on assurer la perte d'exploitation causée par une cyberattaque ?

Oui, mais pas via la PE classique, qui exige un dommage matériel. La perte d'exploitation cyber s'obtient dans un contrat cyber dédié, avec une franchise en heures et un plafond spécifique. Les extensions cyber de certaines multirisques restent souvent insuffisantes.

Combien de temps dure l'indemnisation après un incendie ?

Jusqu'au retour à l'activité normale, dans la limite de la période d'indemnisation choisie, le plus souvent 12, 18 ou 24 mois. L'assureur verse des acomptes au fil des justificatifs, puis un solde après expertise.

Chez Lesto, nous commençons par reconstituer votre marge brute assurable et votre scénario de reprise réaliste avant de consulter le marché, en moyenne neuf assureurs par dossier, pour ajuster période d'indemnisation, franchise et extensions (carence de fournisseurs, cyber) à votre risque réel. Vous voulez savoir si votre garantie actuelle tiendrait face à un incendie ou une cyberattaque ? Découvrez notre offre de multirisque professionnelle et demandez une analyse de vos contrats en 72 heures.

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Julien Falémé

Julien Falémé

Co-fondateur

Julien Falémé est co-fondateur de Lesto, le courtier nouvelle génération pour les PME. Après plusieurs années dans la vente B2B tech (Riot, Theodo Group), il a fondé Lesto avec la conviction que les dirigeants de PME méritent le même niveau d'analyse de risques que les grandes entreprises.

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