Retour au blog

RC Pro obligatoire ou pas ? La liste des professions concernées en 2026

Professions réglementées, textes de loi, montants minimaux, et pourquoi une scale-up non obligée la souscrit quand même.

Sami Zarzour·8 min de lecture

La RC Pro obligatoire ne concerne, en France, qu'une liste fermée de professions réglementées : santé, droit, chiffre, immobilier, construction, intermédiation en assurance, voyage, transport de personnes. Pour toutes les autres entreprises, dont l'immense majorité des sociétés de services, des éditeurs de logiciels et des industriels, la responsabilité civile professionnelle est facultative au sens de la loi. Elle devient pourtant incontournable dès que vous signez avec un grand compte ou levez des fonds : l'obligation n'est plus légale, elle est contractuelle.

Qu'est-ce que la responsabilité civile professionnelle, exactement ?

La responsabilité civile professionnelle (RC Pro) est l'assurance qui prend en charge les dommages que votre entreprise cause à des tiers, clients compris, dans l'exécution de ses prestations : un conseil erroné, une erreur de paramétrage, un bug qui bloque la production d'un client. Elle couvre l'indemnisation de la victime et les frais de défense.

On la confond souvent avec la RC exploitation. La RC exploitation couvre les dommages causés à des tiers par le fonctionnement quotidien de l'entreprise, indépendamment de la qualité du travail rendu : un visiteur qui chute dans vos locaux, un salarié qui abîme le matériel d'un client. La plupart des contrats PME réunissent les deux volets, mais plafonds et exclusions diffèrent.

La RC Pro est-elle obligatoire pour toutes les entreprises ?

Non. Aucun texte général n'impose une assurance de responsabilité à toute entreprise. Le droit français procède profession par profession : la garantie est imposée là où une faute peut causer un dommage grave à un public vulnérable, ou là où le professionnel manie l'argent ou la sécurité d'autrui. Le site officiel entreprendre.service-public.gouv.fr le résume : l'assurance est obligatoire si vous exercez une activité réglementée, c'est-à-dire une activité dont l'accès ou l'exercice est conditionné par la loi (diplôme, inscription à un ordre, carte professionnelle, immatriculation). L'assurance y est une condition d'exercice, vérifiée à l'entrée puis périodiquement, et son absence expose à des sanctions disciplinaires ou pénales.

Quelles professions sont soumises à une RC Pro obligatoire en 2026 ?

ProfessionTexte de référenceMinimum de garantie ou sanction
Professionnels de santé libérauxArt. L1142-2 du Code de la santé publique8 M€ par sinistre et 15 M€ par an ; amende jusqu'à 45 000 € (art. L1142-25)
AvocatsArt. 27 de la loi du 31 décembre 1971 ; décret 91-1197Contrat souscrit via le barreau (Paris : 4 M€ par sinistre)
Experts-comptablesOrdonnance du 19 septembre 1945 ; décret 2025-483 du 30 mai 2025Couverture de toutes les missions et des associés, attestation annuelle
Agents immobiliersLoi Hoguet du 2 janvier 1970 ; décret 2015-764Condition de délivrance de la carte professionnelle
ArchitectesArt. 16 de la loi du 3 janvier 1977Condition d'inscription à l'Ordre
Constructeurs (BTP)Art. L241-1 du Code des assurancesDécennale obligatoire ; 6 mois de prison et 75 000 € d'amende
Intermédiaires d'assuranceArt. L512-6 et A512-4 du Code des assurances1 564 610 € par sinistre et 2 315 610 € par an depuis le 1er novembre 2024
Agents de voyagesArt. L211-18 du Code du tourismeCondition d'immatriculation Atout France
Taxis, VTCArt. L3120-4 du Code des transportsCondition d'exercice

Les minimums des intermédiaires d'assurance ont été relevés par l'arrêté du 29 octobre 2024 pour suivre l'inflation européenne, comme le détaille Planète CSCA. Pour les experts-comptables, le décret du 30 mai 2025 a renforcé le contenu obligatoire du contrat à compter du 1er juillet 2025, sans fixer de plancher chiffré.

Et si mon activité n'est pas réglementée : consultant, SaaS, agence, industriel ?

Alors la loi ne vous impose rien. Un éditeur de logiciel, une agence, une société de conseil ou un fabricant peuvent, en théorie, exercer sans assurance de responsabilité. La seule sanction est celle du droit commun : les articles 1231-1 et 1240 du Code civil obligent votre société à réparer le dommage sur ses fonds propres. Pour une entreprise qui facture 3 millions d'euros à des clients qui en pèsent 500, une seule erreur peut représenter plusieurs années de résultat. La question n'est plus « suis-je obligé ? » mais « qui porte le risque si je me trompe ? ».

L'obligation légale de RC Pro protège les patients et les épargnants ; l'obligation contractuelle protège votre chiffre d'affaires. La seconde touche bien plus d'entreprises que la première.

Pourquoi une scale-up non obligée souscrit-elle quand même une RC Pro ?

La première raison est contractuelle. Conditions générales d'achat des grands comptes, appels d'offres et contrats-cadres comportent presque toujours une clause d'assurance : le fournisseur doit justifier d'une RC Pro avec un plafond minimum, fréquemment de 1 à 5 millions d'euros par sinistre pour un prestataire numérique, et produire une attestation chaque année. Nous détaillons ces mécanismes dans notre analyse des clauses à risque des contrats grands comptes.

La deuxième est financière. Lors d'une levée de fonds, les investisseurs conduisent une due diligence, c'est-à-dire un audit préalable de la société, qui inclut la revue de ses assurances. Une scale-up qui sert des clients entreprises sans RC Pro garde sur son bilan un passif potentiel non mesuré, et le pacte d'actionnaires impose souvent un programme d'assurance complet dans les semaines suivant le closing. Notre article sur l'audit d'assurance en due diligence décrit ce que les fonds regardent.

La troisième est technique : une RC Pro moderne pour une entreprise du numérique couvre aussi les réclamations liées à une indisponibilité de service ou à une perte de données confiées, là où la frontière avec l'incident cyber est mince.

Combien coûte une RC Pro pour une PME ou une scale-up en 2026 ?

Le prix dépend du chiffre d'affaires, de l'activité, du plafond, de la franchise et de la sinistralité. Pour un indépendant du conseil ou du développement, les grilles des courtiers en ligne en 2026 vont de 200 à 400 euros par an pour environ 60 000 euros de chiffre d'affaires. Pour une PME de services ou un éditeur SaaS de 20 à 100 salariés, avec des plafonds de 2 à 5 millions d'euros exigés par les clients, la prime se compte en général en milliers d'euros par an, et augmente nettement dès que l'activité touche aux données de santé, à la finance ou aux systèmes industriels.

Le plafond de garantie est le montant maximal que l'assureur versera, par sinistre et par an ; c'est lui que vos clients lisent dans l'attestation. La franchise est la part de chaque sinistre que vous gardez à votre charge ; l'augmenter fait baisser la prime (voir nos dix leviers pour réduire une prime).

Quelles clauses vérifier dans un contrat de RC Pro avant de signer ?

La base de déclenchement d'abord. L'article L124-5 du Code des assurances autorise deux systèmes pour les professionnels. En base « fait dommageable », la police en vigueur au moment de la faute paie, même si la réclamation arrive des années plus tard. En base « réclamation », c'est la police en vigueur au moment où le client réclame qui paie, avec une garantie subséquente, c'est-à-dire une période après la fin du contrat pendant laquelle les réclamations restent couvertes, d'au moins cinq ans. Changer d'assureur sans vérifier la reprise du passé peut créer un trou de couverture.

Vérifiez ensuite les activités déclarées, l'assureur ne couvrant que celles-là, et la zone géographique.

Questions fréquentes

La RC Pro est-elle obligatoire pour une SAS ou une SARL ?

Non, la forme juridique ne crée aucune obligation. Seule l'activité compte : une SAS d'architecture ou de courtage est soumise à l'obligation, une SAS d'édition de logiciel ne l'est pas. Ses clients peuvent en revanche l'exiger par contrat.

Quelle est la différence entre RC Pro et décennale ?

La décennale (art. L241-1 du Code des assurances) couvre pendant dix ans les dommages qui compromettent la solidité d'un ouvrage ou le rendent impropre à sa destination. La RC Pro couvre les autres fautes du constructeur. Le bâtiment a besoin des deux.

Un client peut-il exiger une RC Pro alors que la loi ne l'impose pas ?

Oui, c'est même la règle en B2B. La clause d'assurance fixe le plafond, parfois la franchise maximale, et prévoit une attestation annuelle ; ne pas s'y conformer est un manquement contractuel.

Que risque une profession réglementée qui exerce sans RC Pro ?

Des sanctions disciplinaires (radiation, retrait de la carte professionnelle) et parfois pénales : jusqu'à 45 000 euros d'amende pour un professionnel de santé, 6 mois d'emprisonnement et 75 000 euros d'amende pour un constructeur sans décennale. S'y ajoute la réparation du dommage sur les fonds propres.

Chez Lesto, nous partons de votre activité réelle et des clauses que vos clients et vos investisseurs vous imposent : nous distinguons ce qui est obligatoire, ce qui est exigé par contrat et ce qui est simplement raisonnable, puis nous consultons en moyenne neuf assureurs pour obtenir le plafond attendu au juste prix. Vous devez produire une attestation ou renégocier un contrat existant ? Découvrez notre offre de RC professionnelle et obtenez une analyse en 72 heures.

Couvertures recommandées

Nos offres

Les couvertures que nous recommandons le plus souvent aux entreprises.

Tags

  • #RC Pro
  • #responsabilité civile professionnelle
  • #assurance obligatoire
  • #PME
  • #professions réglementées
Sami Zarzour

Sami Zarzour

Co-fondateur, Lesto

Sami est co-fondateur de Lesto. Il écrit sur le courtage d'assurance, la gestion des risques d'entreprise et la transformation du secteur.

LinkedIn →