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Résilier son assurance professionnelle : loi Châtel, échéance, changement d'assureur sans trou de garantie

Pourquoi les lois Hamon et Châtel ne s'appliquent pas aux entreprises, quels délais respecter, et comment changer d'assureur sans laisser un sinistre sans couverture.

Sami Zarzour·8 min de lecture

Pour résilier une assurance professionnelle, la règle de base est la résiliation à l'échéance annuelle : une notification adressée à l'assureur au moins deux mois avant la date anniversaire du contrat, comme le prévoit l'article L113-12 du Code des assurances. Ni la loi Hamon, qui autorise les particuliers à résilier à tout moment après un an, ni la loi Châtel, qui les protège contre les reconductions tacites oubliées, ne s'appliquent aux contrats souscrits par une entreprise pour son activité. Pour les risques professionnels, le contrat peut même déroger à la règle annuelle. Restent quelques portes de sortie en cours d'année, et un point sous-estimé : le trou de garantie.

Peut-on résilier une assurance professionnelle avec la loi Hamon ou la loi Châtel ?

Non. La loi Hamon (article L113-15-2 du Code des assurances) permet de résilier à tout moment après un an, mais seulement pour les personnes physiques hors activité professionnelle, en automobile, habitation, affinitaire et, depuis décembre 2020, complémentaire santé.

La loi Châtel (article L113-15-1) oblige l'assureur à rappeler la date limite de résiliation dans l'avis d'échéance, au moins quinze jours avant celle-ci ; sinon l'assuré dispose de vingt jours après l'envoi de l'avis, ou de la faculté de résilier à tout moment si l'information manque. Là encore, le texte vise les personnes physiques hors activité professionnelle. Certains assureurs l'appliquent volontairement aux professionnels : vérifiez vos conditions générales, sans compter dessus. La résiliation « en trois clics » (décret n° 2023-182) est elle aussi réservée aux consommateurs.

Comment résilier une assurance pro à l'échéance annuelle ?

La voie normale est l'article L113-12 : après la première année, l'assuré peut résilier chaque année à la date d'échéance, moyennant un préavis d'au moins deux mois. La tacite reconduction est le mécanisme par lequel le contrat se renouvelle automatiquement à chaque échéance, pour une nouvelle année, tant que personne ne le dénonce.

Le même article ajoute une phrase que les dirigeants lisent rarement : il peut être dérogé à ces règles « pour la couverture des risques autres que ceux des particuliers ». Un contrat d'entreprise peut donc prévoir un préavis de trois mois ou une durée ferme de trois ans sans résiliation annuelle. Relisez donc la clause « durée et résiliation » avant toute lettre.

Motif de résiliationFondement (Code des assurances)Délai à respecterPrise d'effet
Échéance annuelleArt. L113-12Préavis de 2 mois avant l'échéance (le contrat pro peut prévoir plus)Date d'échéance
Changement de situation (cessation d'activité, retraite, changement de profession)Art. L113-16Dans les 3 mois suivant l'événement1 mois après notification
Cession du bien assuré (véhicule, local, matériel)Art. L121-10L'assurance suit le bien ; résiliation possible par l'acquéreur ou l'assureurSelon notification
Résiliation par l'assureur après sinistreArt. R113-10Préavis de 1 mois ; l'assuré peut résilier ses autres contrats chez le même assureur dans le mois1 mois
Refus de baisse de prime après diminution du risqueArt. L113-4À réception du refus30 jours après dénonciation
Non-paiement de primeArt. L113-3Mise en demeure, suspension 30 jours après, résiliation 10 jours plus tard40 jours après mise en demeure

Pour des contrats à échéance du 1er janvier, la date butoir est le 31 octobre avec le préavis légal, le 30 septembre si le contrat prévoit trois mois. Calez la revue de vos contrats en juin.

Quels motifs permettent de résilier en cours d'année ?

L'article L113-16 ouvre une résiliation hors échéance lorsque le risque garanti change de nature à la suite d'un changement de situation : cessation définitive d'activité, départ à la retraite, changement de profession. La demande doit être formée dans les trois mois suivant l'événement et prend effet un mois après réception. Une hausse de tarif n'est pas un motif légal pour un professionnel ; la plupart des contrats d'entreprise comportent toutefois une clause de révision qui autorise la résiliation dans le mois suivant la notification d'une majoration non liée à l'indice. C'est cette clause qu'il faut chercher quand l'avis d'échéance affiche +15 %.

La cession d'un bien assuré (article L121-10) transfère le contrat à l'acquéreur, qui peut le résilier, comme l'assureur ; pour un véhicule vendu, le contrat est suspendu de plein droit le lendemain de la cession. Enfin, si l'assureur vous résilie après un sinistre, vous disposez d'un mois pour résilier à votre tour l'ensemble des contrats détenus chez lui.

Quelle forme doit prendre la lettre de résiliation ?

Depuis 2019, l'article L113-14 admet plusieurs modes de notification : lettre ou autre support durable, recommandé électronique, déclaration au siège de l'assureur, acte extrajudiciaire, ou tout moyen prévu au contrat. La lettre recommandée reste le choix le plus sûr : le délai court à compter de la date d'envoi et l'accusé fait preuve. Un support durable est tout moyen permettant de conserver l'information et de la reproduire à l'identique, comme un courriel archivé.

La lettre mentionne la raison sociale, le numéro de contrat, la date d'effet demandée, le fondement invoqué (article L113-12 ou L113-16 avec justificatif) et une demande de confirmation écrite. Adressez-la à l'assureur, pas seulement à votre intermédiaire, et conservez l'accusé de réception.

Résilier n'est pas la décision difficile ; la décision difficile est de vérifier que le nouveau contrat démarre là où l'ancien s'arrête, sans laisser un jour ni un sinistre passé sans assureur.

Comment changer d'assureur sans trou de garantie ?

Le trou de garantie est la période, ou la catégorie de sinistres, pour laquelle aucun assureur ne paie parce que l'ancien contrat a cessé et que le nouveau ne reprend pas le risque. Sur les dommages aux biens, faites coïncider les dates et ne résiliez jamais avant la confirmation écrite de la nouvelle souscription.

L'article L124-5 distingue deux déclenchements. En base fait dommageable, le contrat en vigueur au moment du fait générateur paie, même si la réclamation arrive des années plus tard : la résiliation ne crée pas de trou. En base réclamation, la norme en RC professionnelle, RC dirigeants et cyber, paie le contrat en vigueur lorsque la victime formule sa réclamation. La réclamation de 2027 pour une prestation de 2025 relève donc du nouveau contrat, à condition qu'il comporte une reprise du passé.

La reprise du passé est la clause par laquelle le nouvel assureur accepte de couvrir les réclamations futures portant sur des faits antérieurs à sa prise d'effet, dès lors que l'assuré n'en avait pas connaissance à la souscription. En complément, l'ancien contrat comporte une garantie subséquente : période d'au moins cinq ans après résiliation pendant laquelle l'ancien assureur reste tenu des réclamations liées à des faits antérieurs, si elles ne sont pas couvertes par ailleurs. Avant de résilier une RC professionnelle, vérifiez donc trois lignes : la date de reprise du passé du nouveau contrat, la durée de la garantie subséquente de l'ancien, et la déclaration des circonstances connues à faire auprès de l'ancien assureur avant la fin du contrat.

Quelles erreurs font perdre une année de plus ?

La première est de découvrir trop tard une clause de durée ferme ou de préavis de trois mois, valable pour un risque professionnel. La deuxième est de résilier auprès du courtier sortant sans copie à l'assureur. La troisième est d'oublier les contrats accessoires (assistance, protection juridique, flotte) dont l'échéance diffère. La quatrième, fréquente dans les entreprises qui ont grandi vite, est de consulter le marché sans avoir revu le périmètre : chiffre d'affaires, effectif, activités réelles. Nos dix leviers pour réduire une prime commencent là.

Questions fréquentes

La loi Hamon s'applique-t-elle à une assurance professionnelle ?

Non. L'article L113-15-2 du Code des assurances réserve la résiliation à tout moment après un an aux personnes physiques hors activité professionnelle, pour l'auto, l'habitation, les contrats affinitaires et la santé.

Quel est le délai de préavis pour résilier une assurance pro ?

Au moins deux mois avant la date d'échéance selon l'article L113-12. Pour les risques professionnels, le même article autorise le contrat à déroger à la règle annuelle : un préavis de trois mois ou une durée ferme pluriannuelle sont valables s'ils figurent dans vos conditions particulières.

Peut-on résilier après une forte hausse de prime ?

Pas sur le fondement de la loi seule. La résiliation pour hausse de tarif dépend d'une clause de révision inscrite au contrat, qui ouvre en général un délai d'un mois après notification de la majoration.

Que devient un sinistre déclaré après le changement d'assureur ?

En base réclamation, il relève du nouveau contrat s'il comporte une reprise du passé et que vous ignoriez le fait à la souscription ; sinon de l'ancien contrat au titre de la garantie subséquente, d'au moins cinq ans.

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Sami Zarzour

Sami Zarzour

Co-fondateur, Lesto

Sami est co-fondateur de Lesto. Il écrit sur le courtage d'assurance, la gestion des risques d'entreprise et la transformation du secteur.

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