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Le retrait de QBE du marché de la construction : décryptage d'un séisme annoncé

Quand un assureur de référence se retire, c'est toute la chaîne de valeur du bâtiment et de l'immobilier qui doit repenser son approche du risque.

Sami Zarzour·7 min de lecture

L'annonce a circulé rapidement dans les directions financières et les services juridiques des grands promoteurs et des entreprises de construction. Le groupe QBE a pris la décision de cesser ses activités de souscription sur le marché français de la construction. Ce départ n'est pas un épiphénomène technique ou un simple arbitrage géographique. Il traduit une mutation profonde de la perception des risques liés au bâti et à la responsabilité des constructeurs en 2026. Pour les dirigeants et les directeurs financiers, ce mouvement impose une remise en question de la manière dont sont sécurisés les bilans et les chantiers.

Un retrait qui souligne l'instabilité du marché

Le départ d'un assureur de la stature de QBE ne se fait jamais par hasard. Ce choix résulte d'une analyse froide de la rentabilité du segment de la construction, particulièrement celui de l'assurance de responsabilité décennale (le contrat qui garantit la réparation des dommages compromettant la solidité de l'ouvrage pendant dix ans). Depuis plusieurs années, le secteur fait face à une augmentation constante de la sinistralité (la fréquence et le coût des dommages déclarés), portée par des phénomènes complexes.

L'inflation des coûts des matériaux de construction a mécaniquement fait grimper le montant des indemnisations. Un dommage qui coûtait cent mille euros à réparer il y a trois ans en coûte aujourd'hui cent trente mille, sans que les primes (les cotisations payées par l'assuré) n'aient progressé dans les mêmes proportions. À cela s'ajoute l'évolution des normes environnementales et thermiques, qui complexifient les procédés de construction et multiplient les sources d'erreurs potentielles.

Le marché de l'assurance fonctionne par cycles de capacité de souscription (le montant total de risques qu'un assureur est prêt à accepter sur son bilan). Quand un acteur majeur retire sa capacité, le déséquilibre entre l'offre et la demande se creuse. Les assureurs restants deviennent plus sélectifs, les critères d'acceptation se durcissent et les tarifs augmentent. Le retrait de QBE agit comme un signal d'alarme : le modèle traditionnel de l'assurance construction est en tension maximale.

Les conséquences directes pour les entreprises et les scale-ups du secteur

Le premier impact est celui du renouvellement des contrats. Les entreprises qui étaient couvertes par QBE doivent désormais trouver une alternative dans un marché qui se contracte. Ce n'est pas une simple formalité administrative. Pour une entreprise en croissance ou une scale-up de la PropTech qui utilise des méthodes de construction innovantes, trouver un remplaçant capable de comprendre son modèle devient un défi majeur.

Le risque n'est pas seulement de payer plus cher, il est de ne plus trouver de partenaire capable de porter des plafonds de garantie (le montant maximum que l'assureur versera en cas de problème) cohérents avec la taille des chantiers engagés.

Cette situation pèse également sur les relations avec les banques et les investisseurs. Sans une attestation d'assurance solide et pérenne, les financements de projets peuvent être bloqués. L'assurance construction n'est pas un coût accessoire, c'est l'huile dans les rouages du financement immobilier. Si l'assureur se retire, c'est toute la structure de confiance du projet qui s'effrite.

Il faut aussi anticiper une hausse des franchises (la part des dommages qui reste à la charge de l'entreprise en cas d'incident). Les assureurs encore présents sur le marché exigent désormais que les entreprises conservent une part plus importante du risque à leur propre bilan. Pour un directeur financier, cela signifie une gestion plus fine de la trésorerie et une nécessité de renforcer les protocoles de contrôle qualité sur les chantiers pour éviter que ces franchises répétées ne viennent rogner les marges.

Pourquoi le modèle classique de l'assurance arrive à ses limites

La sortie de QBE illustre l'inadéquation croissante entre les produits d'assurance standards et la réalité opérationnelle de 2026. Les courtiers traditionnels ont longtemps fonctionné en poussant des catalogues de produits pré-établis. Cette approche montre ses limites dès que le marché se tend. Quand un assureur s'en va, le courtier classique cherche simplement le "produit" équivalent chez le voisin. Or, en période de crise de capacité, ces produits standardisés n'existent plus ou sont inaccessibles.

Le marché souffre d'une lecture trop rigide des risques. Les assureurs ont tendance à mettre dans le même panier une entreprise de gros œuvre traditionnelle et une entreprise utilisant des procédés de construction hors-site ou des matériaux biosourcés. Pourtant, les profils de risques sont radicalement différents. En ne sachant pas lire ces spécificités, les assureurs préfèrent parfois quitter le segment plutôt que de risquer de mal tarifer des risques qu'ils ne comprennent qu'à moitié.

C'est ici que la vision du courtier doit changer. On ne peut plus se contenter d'être un intermédiaire de vente. Il faut devenir un partenaire capable de décomposer le risque réel de l'entreprise avant même de solliciter le marché. Chez Lesto, on raisonne à l'envers du marché : on commence par les risques spécifiques liés à vos méthodes de construction et à vos engagements contractuels, puis on cherche ou on construit une couverture adaptée. Cette méthode permet de présenter aux assureurs un dossier technique solide qui les rassure et les incite à engager leur capacité là où ils auraient refusé un dossier standard.

Anticiper pour ne pas subir le marché

Pour faire face à ce nouveau paradigme, l'attentisme est le pire ennemi. Un dirigeant ne peut pas attendre l'échéance de son contrat pour s'occuper de son assurance. La période de transition actuelle impose une stratégie en trois étapes pour sécuriser son activité.

Il faut d'abord réaliser un audit de ses engagements. Quels sont les chantiers en cours ? Quelles sont les garanties données aux clients ? Cet état des lieux permet de définir précisément ce qui doit être assuré et d'éliminer les garanties inutiles qui alourdissent la facture sans apporter de réelle protection.

Ensuite, il est nécessaire de valoriser ses processus internes. Si votre entreprise a investi dans des outils de suivi de chantier digitaux ou des protocoles de réception rigoureux, ces éléments doivent être mis en avant auprès des assureurs. C'est ce qui différencie votre dossier d'une masse d'entreprises moins structurées. Dans un marché où les assureurs cherchent des raisons de dire non, il faut leur donner des preuves concrètes de votre maîtrise opérationnelle.

Enfin, il faut explorer des structures de garanties alternatives. Cela peut passer par la mise en place de polices d'abonnement ou de solutions spécifiques pour des projets de grande envergure, plutôt que de se reposer uniquement sur une police annuelle globale qui peut être dénoncée à chaque échéance. L'objectif est de retrouver de la visibilité sur le long terme.

Vers une nouvelle culture du risque en construction

Le départ de QBE est une invitation à plus de professionnalisme dans la gestion des risques. La fin de l'abondance en matière d'assurance oblige les acteurs de la construction à devenir plus transparents et plus rigoureux. Ce n'est pas nécessairement une mauvaise nouvelle pour les entreprises les plus performantes. En réalité, cette sélection par le haut permet aux entreprises les mieux gérées de se distinguer et d'obtenir des conditions que le marché refuse désormais aux acteurs moins scrupuleux.

La protection de votre patrimoine et de votre activité ne doit plus être vue comme une simple ligne de frais fixes, mais comme un levier stratégique. En comprenant mieux comment les assureurs perçoivent vos risques, vous reprenez le contrôle sur vos négociations et sur la pérennité de votre modèle de croissance. Le marché de 2026 ne pardonne plus l'approximation, mais il sait encore accompagner ceux qui font preuve de clarté et d'anticipation.

On voit bien que le rôle du conseil évolue pour devenir celui d'un architecte du risque, capable de bâtir des solutions sur mesure là où les modèles standards s'effondrent. C'est cette approche qui permet aujourd'hui de transformer une contrainte de marché en un avantage compétitif solide.

Pour sécuriser vos prochains chantiers et obtenir une analyse précise de votre exposition aux risques, on vous accompagne dans la construction d'une couverture qui reflète la réalité de votre entreprise.

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Sami Zarzour

Sami Zarzour

Co-fondateur, Lesto

Sami est co-fondateur de Lesto. Il écrit sur le courtage d'assurance, la gestion des risques d'entreprise et la transformation du secteur.

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